L’organisation de la coopération et du développement économiques (OCDE) vient de publier un rapport intitulé En finir avec l’échec scolaire-Dix mesures pour une éducation équitable.
Ces mesures, peut-on lire, concourraient à une société plus juste et éviteraient les importants coûts sociaux des adultes marginalisés peu qualifiés.
On suggère de mieux intégrer les immigrants et les minorités, de renforcer les liens entre l’école et la famille dans les milieux défavorisés.
On suggère aussi aux gouvernements d’éviter de subventionner l’école privée.
Ce n’est donc plus seulement le mouvement syndical qui demande d’arrêter le financement des écoles privées mais aussi un organisme dont on ne peut pas dire qu’il est de gauche!!!
Ici, au Québec, la Dre Laberge, qu’on peut entendre à la radio et à la télévision, dénonce de son côté l’anglais intensif universel. Elle argumente que la pression mise sur les élèves pour atteindre des standards de performance, comme réussir la sixième année avec 400 heures en moins, génère trop d’anxiété chez les jeunes.
De plus, elle condamne aussi les classes enrichies et les écoles privées qui n’acceptent que les bons élèves, alors que les autres classes, écrémées des meilleurs éléments, deviennent pratiquement des classes d’adaptation.
Dans un cas, des élèves vivent de l’anxiété parce qu’on attend trop d’eux ; dans l’autre, les jeunes ont le sentiment d’être relégués dans des classes d’adaptation.
La Dre Roberge souligne régulièrement le fait qu’il y a de plus en plus d’élèves qui ont des problèmes parce qu’ils sont élevés avec la peur d’avoir peur.
Il est bon d’entendre d’autres intervenants avoir les mêmes analyses et les mêmes solutions que les syndicats en éducation. Il est bon de réaliser que nous ne sommes pas seuls à défendre l’école publique. Quelle éducation voulons-nous pour le Québec? Il faut continuer à s’interroger sur ce qui est le mieux pour l’ensemble des élèves.
15 février 2012
Dans son discours inaugural du 23 février 2011, le premier ministre Jean Charest annonçait que «les élèves de 6e année du primaire consacreront la moitié de leur année à l’apprentissage intensif de l’anglais».
Un programme universel d’Anglais intensif allait être implanté partout au Québec, pour tous les élèves de sixième année du primaire, selon un échéancier de cinq ans.
Cette décision n’est basée sur aucune recherche sérieuse, aucune analyse concernant les impacts d’une telle mesure, et n’émane pas d’une demande du ministère de l’Éducation ni de la ministre.
Des groupes de travail du Ministère sont aussitôt mis en place ainsi qu’un comité du suivi. Si je résumais leur mandat, je dirais qu’il est de VENDRE LE PROJET.
Notre fédération enseignante, la FSE, a mis sur pied des groupes de réflexion avec des titulaires de sixième année et des spécialistes d’Anglais langue seconde au primaire. Puis, une consultation a eu lieu auprès de ces mêmes groupes pour valider les données recueillies.
Des membres de l’exécutif de la FSE siégeaient aux groupes de travail et au comité de suivi du Ministère. Ils y ont fait part de nos préoccupations devant l’improvisation d’une telle décision : confusion et inquiétudes exprimées par les enseignantes et les enseignants; problème de l’intégration des élèves HDAA; réussite scolaire compromise pour l’ensemble des élèves avec 400 heures de moins pour les apprentissages requis en sixième année, etc.
Malheureusement, ces préoccupations trouvent peu d’écho. Aussi, nous leur avons demandé de se retirer de ces comités.
Le Ministère a une vision théorique du projet, sans reconnaissance de la réalité de la classe. Aucune solution concrète n’est proposée aux problèmes soulevés, particulièrement par les titulaires.
De plus, malgré les besoins estimés à plus ou moins 375 enseignantes et enseignants pour l’an prochain, aucune action n’est en marche actuellement pour y répondre.
Bien qu’en décembre dernier, le premier ministre ait parlé de souplesse dans l’application de cette mesure, on constate que les 400 heures consacrées à l’Anglais langue seconde sont toujours présentées comme une prescription.
Les commissions scolaires sont invitées à se mettre en action, bien que les ressources nécessaires ne soient pas au rendez-vous, que le régime pédagogique n’ait pas été modifié en conséquence, que les commissions scolaires anglophones, supposées venir à la rescousse pour combler le manque de personnel qualifié, soient elles-mêmes en pénurie de personnel.
Nous convenons que l’enseignement intensif d’une langue est plus efficace qu’un éparpillement sur plusieurs années, mais les enjeux soulevés par cette initiative gouvernementale et l’improvisation qui l’accompagne nous ont amenés, non seulement à nous retirer des comités, mais également à nous pencher sur des modèles d’organisation scolaire réalistes.
Depuis une décennie, le réseau de l’éducation est soumis à toutes sortes de changements : intégration, bulletin unique, compressions budgétaires, fusions possibles de certaines commissions scolaires, anglais intensif.
C’est malheureusement sur nos épaules que reposent encore une fois les conséquences d’une décision politique improvisée. Car l’éducation est sous l’emprise de politiciens en mal de pouvoir, qui se servent de l’école pour se faire du capital politique.
Monique Pauzé
9 février 2012