Réplique à M. Deltell et l’ADQ
17 mai 2011
M. Deltell et l’ADQ ont mené une charge à fond de train contre les syndicats lors de leur congrès de la fin de semaine dernière. Leurs propositions, si elles étaient appliquées, auraient pour effet d’affaiblir le mouvement syndical à partir d’une fausse prémisse. M. Deltell affirme que les organisations syndicales ont « dérivé » de leur mission première en se mobilisant pour diverses causes politiques et sociales.
En effet, un syndicat lutte pour faire inscrire des droits dans une convention collective, les faire respecter et les conserver. Mais une autre raison d’être « historique » du syndicalisme est l’amélioration des conditions de vie de la majorité de la population. Les deux champs d’activité sont intimement liés, particulièrement dans le secteur public, alors que les conditions d’exercice de la profession sont liées aux politiques gouvernementales.
De façon générale, la grande majorité des législations sociales les plus progressistes ont d’abord été des revendications syndicales et ne sont devenues des lois qu’à la suite de pressions populaires organisées, souvent à l’instigation du mouvement syndical.
Mentionnons, à titre d’exemple, la réduction du temps de travail, l’abolition du travail des enfants, la santé-sécurité au travail, l’assurance-hospitalisation, l’assurance-maladie, les régimes de retraite, les droits parentaux, le salaire minimum, l’équité salariale, la Loi 101, l’assurance-automobile.
Que M. Deltell ait choisi de s’en prendre aux organisations syndicales à l’occasion du rassemblement populaire de samedi dernier, organisé conjointement avec la fédération des comités de parents, et à laquelle participaient de simples citoyens, en dit long sur l’intérêt que porte son parti sur la situation des élèves en difficulté.
De toute évidence, l’ADQ n’a aucune considération pour une école inclusive, une école ayant pour mission de répondre aux besoins de tous les élèves, des plus doués, tout comme de ceux qui ont des difficultés.
M. Deltell est de mèche avec François Legault, dont le mouvement s’acoquinerait avec l’ADQ pour former un nouveau parti politique, selon les chroniqueurs politiques. Deltell attaque de front la légitimité des organisations syndicales. Legault y va plus sournoisement, en ciblant la sécurité d’emploi avec son projet de paie au mérite.
Bien entendu, aucun des deux ne remet en cause l’existence du réseau d’écoles privées en pleine expansion. Au contraire, l’école privée leur sert de modèle. Pourtant, nous savons tous que l’écrémage des meilleurs élèves par les écoles privées est une des principales causes du surnombre d’élèves en difficulté dans nos classes.
En voulant bâillonner les syndicats, M. Deltell dévoile sa conception de la démocratie. Son parti se félicite d’avoir recruté des hommes d’affaires comme Claude Garcia, qui s’était rendu célèbre, lors du référendum de 1995, en déclarant qu’il fallait « écraser » les souverainistes. De plus, à la toute dernière minute, l’ADQ a dû annuler la conférence du financier Steven A. Jarislowsky, qui venait de déclarer que le mouvement souverainiste était fasciste.
M. Deltell accuse les syndicats d’utiliser les cotisations syndicales de ses membres pour intervenir sur la place publique. Mais il accepte que son parti serve de porte-voix aux points de vue partisans de l’Institut économique de Montréal, un think tank de droite, grassement financé par le patronat, et qui encaisse en même temps indirectement des deniers publics, sous forme d’exemptions fiscales pour ses donateurs, grâce à son statut d’organisme de charité.
Et c’est ce Monsieur Deltell, Gérard de son prénom, qui veut nous donner des leçons de démocratie!
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